Bardella Premier ministre : voici ce qu'il fera s'il est à Matignon

Bardella Premier ministre : voici ce qu'il fera s'il est à Matignon

Jordan Bardella bientôt Premier ministre ? A l'approche des élections législatives anticipées, c'est un scénario possible. Le chef de file RN présente alors progressivement ce qu'il pourrait mettre en place s'il était nommé pour Matignon.

Après le succès du parti aux européennes, la victoire du Rassemblement National aux élections législatives anticipées, annoncées par surprise par Emmanuel Macron pour les 30 juin et 7 juillet, est un scénario envisageable. Le RN apparait, en effet, en position de force pour ce scrutin national qui approche. Selon un sondage de l'Ifop-Fiducial pour LCI, Le Figaro et Sud Radio, publié le 21 juin, le Rassemblement national continue de gagner des points. Il est à présent crédité de 35% des intentions de vote et devance le Nouveau Front populaire avec 29% et la majorité présidentielle avec 21,5%. 

Si ce score pourrait permettre à Jordan Bardella d'être dans la liste des potentiels nommés pour le poste de Premier ministre, il a annoncé sur Europe 1-CNews vouloir aller à Matignon avec une majorité absolue à l'Assemblée nationale. "J'ai l'ambition d'être Premier ministre, à la tête d'un gouvernement d'union nationale qui sera formé sur une majorité absolue", a-t-il précisé. Il estime que si la majorité est seulement relative, le pays sera dans une "situation de blocage" et "on ne pourrait pas changer les choses". "Je n'envisage pas d'être le collaborateur du président de la République", a-t-il ajouté. "Si demain, je n'ai pas une majorité absolue, je ne pourrais pas faire voter une baisse de la TVA sur le gaz, sur le carburant que je souhaite impulser dès mon arrivée à Matignon, je ne pourrais pas réduire drastiquement l'immigration en France", a-t-il détaillé. L'eurodéputé de 28 ans souhaite donc obtenir au moins 289 députés sur les 577 du Palais Bourbon.

Jordan Bardella est allé encore plus loin : "Si demain, je suis en capacité d'être nommé à Matignon et que je n'ai pas de majorité absolue (...) eh bien, je refuserai d'être nommé", a-t-il déclaré mardi 18 juin sur France 2. D'un point de vue juridique, il en a le droit, la Constitution n'impose pas à la personne nommée d'accepter le poste. Toutefois, un refus pour un tel motif serait inédit. Cela peut être vu comme une stratégie pour obtenir plus de voix. Pour cette élection, le président du RN a aussi scellé une alliance avec les LR pour augmenter ses chances. Eric Ciotti a annoncé dans un communiqué qu'au moins 62 candidatures défendant ce "rassemblement des droites" avaient été déposées. 

Jordan Bardella prêt pour Matignon ?

Ses opposants estiment que Jordan Bardella n'est pas prêt à assumer un tel rôle. Pour Gérald Darmanin, sur BFMTV, la politique du leader RN ressemble à du "tango" : "un pas en avant, deux pas en arrière". "Il n'est pas prêt pour le pouvoir", a jugé le patron de la place Beauvau. Même son de cloche chez Edouard Philippe. L'ancien Premier ministre porte "un regard dubitatif sur ceux qui clament qu'ils sont prêts alors qu'ils n'ont jamais rien géré", a-t-il déclaré le 18 juin lors d'un déplacement dans la Marne. Jordan Bardella n'ayant que 28 ans.

Président du Rassemblement national depuis 2021, quand Marine Le Pen a décidé de se consacrer à son mandat de députée (et à sa quête présidentielle), Jordan Bardella pourrait donc devenir Premier ministre dès le mois de juillet, à quelques semaines des Jeux olympiques de Paris. Le gouvernement étant responsable devant le Parlement, il doit en effet correspondre à la majorité élue dans les urnes lors des législatives. En cas de nouvelle défaite du camp macroniste, c'est donc une cohabitation qui se profilerait, puisqu'il est de coutume dans ce cas que le chef du parti majoritaire soit nommé à Matignon pour former un gouvernement à sa couleur. C'est ce qui était arrivé après la dissolution et les élections législatives perdues par Jacques Chirac en 1997, qui l'avaient contraint à nommer le socialiste Lionel Jospin Premier ministre et à une cohabitation jusqu'en 2002.

Des mesures déjà envisagées pour sa potentielle arrivée au pouvoir

Ce scénario avec un Bardella Premier ministre pose évidemment la question du gouvernement que pourrait constituer le député européen. D'après une interview au Monde de Marine Le Pen, le chef du parti pourrait choisir des personnes extérieures au RN en tant que ministres : "On ne s'interdit rien. Jordan Bardella choisira les personnes les plus compétentes et qui partagent notre philosophie", a-t-elle précisé. Jordan Bardella a également commencé à présenter les mesures qu'il mettrait en place s'il est élu Premier ministre.

Pouvoir d'achat

Le RN de Jordan Bardella évoquait déjà en 2022 de mettre en place plusieurs mesures significatives visant à améliorer le pouvoir d'achat des Français. Jordan Bardella promet une baisse de la TVA sur le carburant, l'énergie, l'électricité, le gaz et le fioul s'il devient Premier ministre.

Jordan Bardella assure aussi vouloir permettre l'augmentation des salaires : "je veux permettre aux entreprises d'augmenter les salaires de leur entreprise jusqu'à 10% avec la contrepartie que ces 10% soient exonérés de charges", a-t-il dévoilé sur BFMTV, vendredi 14 juin. L'eurodéputé promet aussi de ne pas augmenter les impôts. 

Economie

Jordan Bardella a dénoncé devant le Medef, jeudi 20 juin, la "déraison budgétaire" du gouvernement et le "risque de décrochage économique". Il a alors promis de supprimer dans son intégralité la CVAE, impôt sur la production qui incombe aux entreprises.

"Il y a beaucoup d'économies à faire dans la dépense publique, la fraude, le fonctionnement de l'Etat et la multiplication des strates administratives et des agences publiques, l'immigration a aujourd'hui un coût considérable pour les finances de l'Etat", a insisté Jordan Bardella. Il souhaite par ailleurs agir sur "la contribution française au budget de l'Union européenne qui a augmenté de 44% depuis 2017".

Le chef de file RN a également précisé que s'il arrivait au pouvoir, le RN s'attaquera à certaines niches fiscales comme celle des "armateurs, qui coûte 5,6 milliards d'euros à l'État", a-t-il expliqué sur Europe 1. Il souhaite également transformer l'impôt sur la fortune immobilière en impôt sur la fortune financière.

Retraites

Le député veut élargir les possibilités existantes de départ anticipé selon l'âge d'entrée dans la vie active et refuse tout report de l'âge de départ. "Je permettrai à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans de partir avec 40 annuités de cotisations, avec un âge de départ légal à 60 ans", a-t-il détaillé pour BFMTV, vendredi 14 juin. Il a annoncé, en cas d'arrivée au pouvoir, une abrogation de la réforme des retraites "à partir de l'automne". 

Logement

Le RN a aussi fait du logement une de ses priorités avec pour objectif "moins de normes et l'abolition du calendrier sur l'interdiction de louer des logements trop énergivores". Il prône notamment l'abandon de l'interdiction de louer des logements considérés comme des "passoires thermiques" prévue dans la loi Climat et Résilience mais aussi de réserver les logements sociaux aux ressortissants français.

Sécurité et immigration

"La sécurité fera partie de mes premières priorités", a affirmé Jordan Bardella sur BFMTV, vendredi 14 juin. "Je ferai voter dès les premières semaines de mon action à Matignon une loi sécurité qui portera sur la politique pénale avec notamment le rétablissement des peines planchers (...) Je supprimerai les allocations familiales aux parents de mineurs récidivistes", a-t-il détaillé. 

"Je ferai voter une loi immigration qui facilitera les expulsions de délinquants, criminels et islamistes étrangers, et je supprimerai le droit du sol", a déclaré Jordan Bardella sur BFMTV, vendredi 14 juin.  Il affirme que les Français d'origine étrangère qui "travaillent" et "respectent la loi", "n'ont rien à craindre" du RN.

Par ailleurs, en déplacement au salon Eurosatory le 19 juin, Jordan Bardella a promis de dissoudre "toutes les organisations d'ultragauche et d'ultradroite" s'il arrivait au pouvoir. "Si demain je suis à la tête du pays, je n'aurai aucune forme de tolérance à l'égard de ceux qui se livrent à de la violence dans notre pays", a assuré le chef de file RN. 

Politique internationale 

Il a également commencé à donner son positionnement sur les questions internationales et notamment sur la question de la guerre en Ukraine. Jordan Bardella veut "permettre à l'Ukraine d'assurer sa défense" et donc de "disposer, à la fois en munition et en matériels, de tout ce dont elle a besoin pour tenir le front". Il refuse toutefois de "livrer notamment des missiles longue portée ou des armes qui pourraient permettre à l'Ukraine de frapper le territoire russe" et d'envoyer des troupes françaises. Il est clair pour lui que "la ligne rouge, c'est la cobelligérance".

Jordan Bardella a aussi assuré qu'il ne compte pas "remettre en cause les engagements pris par la France sur la scène internationale". "Il y a un enjeu de crédibilité à l'égard de nos partenaires européens et de nos alliés de l'Otan", a-t-il déclaré au salon de la défense Eurosatory à Villepinte.