Christiane Taubira : officiellement candidate, quel est son programme ?

Christiane Taubira : officiellement candidate, quel est son programme ? TAUBIRA. Voilà une candidate de plus à la primaire populaire, n'en déplaise aux politiques de gauche déjà engagés dans la course à la présidentielle. En plus de sa candidature, Christiane Taubira a un peu présenté son programme pour convaincre et grimper dans les sondages.

L'essentiel 
  • Christiane Taubira a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle ce samedi 15 janvier 2022. Mais l'ancienne ministre de la Justice a précisé qu'elle se soumettrai au verdict de la Primaire populaire, dont le vote aura lieu du 27 au 30 janvier.
  • Lors de son discours devant 200 personnes à Lyon ce samedi, elle a dévoilé les grands axes de son programme, articulé autour de quatre grands sujets : la jeunesse, la justice sociale, l’écologie et la République. Elle compte, entre autres, s'appuyer sur les mesures suivantes : une hausse du smic à 1 400 euros net par mois, un revenu mensuel pour les étudiants de 800 euros pendant cinq ans, le recrutement de 100 000 soignants et la TVA à 0 % sur les produits issus de l’agriculture biologique.
  • Si elle ne voulait pas être "une candidate de plus", l'ambition de l'ex-garde des Sceaux devrait finalement venir s'ajouter à la liste des divers prétendants de gauche à l'Elysée. Longtemps espérée comme celle en mesure de réaliser l'union, son entreprise a échoué. Mais elle brigue malgré tout le palais présidentiel et la nouvelle n'a pas du goût des autres candidats de gauche.
  • Les sondages la donnent malgré tout loin des 10%. Christiane Taubira ne recueillerait en effet que 2 à 4% des intentions de vote au premier tour.
En direct

Christiane Taubira à 4% dans le dernier sondage

Si vous ne voyez pas l'image, cliquez ici

Chronique de campagne du 19 janvier. 17h47. Le dernier sondage sur les intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle, réalisé par Harris Interactive et publié mercredi 19 janvier 2022, crédite Christiane Taubira de 4% des suffrages. L'ancienne garde des Sceaux arriverait très loin d'Emmanuel Macron et des candidats de droite, ne bousculant pas davantage les équilibres à gauche. 

Vantée comme celle qui aurait pu permettre à la gauche de s'unir, la candidature de Christiane Taubira à l'élection présidentielle est finalement venue s'ajouter à une toutes celles déjà annoncées. Si l'ambition de l'ancienne ministre de la Justice était de parvenir à organiser un projet commun, elle a fait face au refus catégorique de Yannick Jadot ou encore Jean-Luc Mélenchon. Malgré cet échec, elle ambitionne d'aller au bout après des mois où son immixtion dans la campagne apparaissait comme une Arlésienne. Mais loin de rebattre les cartes à gauche, elle semble simplement faire varier les résultats possibles des autres prétendants, à la marge.

L'arrivée de Christiane Taubira fait réagir la gauche

L'arrivée de Christiane Taubira fait réagir la gauche - Christiane Taubira - Présidentielle 2022 ©Laurent Cipriani/AP/SIPA

Chronique de campagne du 17 janvier. 17h41. Son nom figurait déjà dans la liste des candidats à la primaire populaire, mais voilà que depuis samedi 15 janvier Christiane Taubira a officialisé son entrée dans la course à la présidentielle. Seulement, avant de prétendre à l'Elysée, l'ancienne ministre de la Justice doit sortir victorieuse de la primaire, c'est la condition sine qua non qu'elle s'est elle-même imposée. Si elle était attendue par de nombreux électeurs de gauche et parmi les première figures politiques a être proposées dans le processus de la primaire populaire, l'arrivée de Christiane Taubira dans les élections ne plait pas aux candidats de gauche déjà en course. Anne Hidalgo, a été l'une des première à réagir et à remettre en cause la légitimité de la candidature de l'ex-Garde des Sceaux dans les pages du JDD le 16 janvier : "Pourquoi est-elle candidate, elle qui en décembre affirmait ne pas vouloir être une candidate de plus ?" La maire de Paris craint aussi une nouvelle division, "plutôt que d'unir, la candidature de Christiane Taubira va encore séparer, diviser et créer de la confusion", a-t-elle déclaré.

La candidate socialiste est loin d'être la seule à avoir partagé sa pensée, Fabien Roussel, leader du parti communiste lui a emboité le pas. "Elle avait dit qu'elle ne s'ajouterait pas, et aujourd'hui, elle fait le choix de se lancer dans la campagne" a-t-il lui aussi regretté sur France 2 avant de poursuivre : "C'est surtout une candidature de plus. [...] C'est projet contre projet, j'ai le mien à défendre". L'écologiste, Yannick Jadot, préfère faire mine d'assister de loin à l'annonce de la candidature de Christiane Taubira mais y va de son commentaire en déclarant qu'il veut "faire la guerre pour le climat, pas la guerre avec la vieille gauche". Il fait autant allusion à Anne Hidalgo qu'à Christiane Taubira en évoquant "la vieille gauche", celle qui s'était agité et opposée pendant le quinquennat de François Hollande.

L'éducation, la justice sociale et l'écologie comme axes majeurs de son programme

L'éducation, la justice sociale et l'écologie comme axes majeurs de son programme - Christiane Taubira - Présidentielle 2022 ©Bony/SIPA

Chronique de campagne du 17 janvier. 15h10. Christiane Taubira est officiellement candidate à la primaire populaire, mais ce n'est pas la seule information à retenir de la réunion de l'ancienne ministre de la Justice organisée à Lyon le 15 janvier. La nouvelle candidate à l'élection présidentielle a tenu à présenter certaines idées phares de son programme, il s'agit pour beaucoup de promesses d'aides ou d'améliorations financières. Elle commence par mettre l'accent sur l'éducation et la qualité de vie des étudiants et leur promet un revenu étudiant de 800€ pendant cinq ans. "Aujourd’hui, 46 % des jeunes sont obligés de travailler pendant leurs études. Nous veillerons à ce qu’ils soient en capacité de se consacrer à leurs études en leur allouant un revenu de 800 euros par mois pendant cinq ans, de façon qu’ils puissent étudier et mettre tout leur talent au service de l’avenir", a-t-elle expliqué devant l'assemblée de 200 personnes. Les jeunes ne seront pas le seuls à voir leurs revenus augmenter, Christian Taubira envisage un revalorisation du SMIC à 1400€ pour une meilleure justice sociale. Dans le volet social, la candidate promet également de taxer davantage les ménages les plus riches "à partir de 10 millions d’euros" et de recruter 100 000 soignants pour l'hôpital public.

Dernier point abordé et pas des moindres : l'écologie. La candidate investit tous les sujets de gauche et propose sur ce plan une TVA à taux zéro sur tous les produits issus de l'agriculture biologique au niveau européen. Elle a ajouté à ce sujet : "Pour de l’agriculture biologique, je veux une TVA à taux zéro. C’est un sujet européen. Ce sera l'une de mes grandes batailles avec l’Union européenne qui est notre espace social, qui doit devenir un espace d’harmonisation fiscale et qui est un espace de droits et de liberté".

Taubira candidate sans rassemblement

"Je ne serai pas une candidate de plus". La promesse faite par Christiane Taubira s'est, semble-t-il, envolée trois semaines après avoir été formulée. Car, alors que l'ancienne garde des Sceaux voulait convaincre les autres prétendants de gauche à la présidentielle de participer à la primaire populaire, tous ont refusé de s'y soumettre, même Anne Hidalgo n'acceptant finalement pas ce mode de désignation. En dépit d'une situation impossible, l'ancienne ministre de la Justice a annoncé dimanche 9 janvier 2022 soutenir cette initiative citoyenne : "J'accepte le risque de la démocratie. J'accepterai le verdict de la primaire populaire". 

Dans les colonnes de Ouest-France lundi 10 janvier, Christian Taubira a détaillé ce qui l'a poussée à se présenter : "Je ne vois pas se profiler des signes de rassemblement, ni à l'échelle des candidats ni à l'échelle des partis. Ce constat d'impasse me conduit à reconnaître la primaire populaire comme espace démocratique en soi. C'est le dernier espace où un rassemblement de la gauche est possible". L'ancienne candidate à la présidentielle de 2002 précise qu'elle n'a pas échangé avec Yannick Jadot ni Anne Hidalgo "récemment", mais "avec des personnes autour d'eux", regrettant que "l'union est appelée par chacun, mais là, le problème actuellement, c'est que c'est un peu l'union derrière soi".

Si elle dit encore "jette[r] toutes mes forces dans l'union", Christiane Taubira, n'est, pour l'heure, pas parvenue à se placer à accorder les violons à gauche pour un projet commun. Elle semble même la diviser davantage en se lançant elle aussi de son côté, alors que le mouvement avance déjà en ordre dispersé. L'ex-locataire de la place Vendôme veut donc tenter de surfer sur une mobilisation populaire pour "faire remonter le désir d'union", après l'échec des négociations en coulisses. La primaire populaire va-t-elle sortir la gauche du marasme ?

Cette initiative indépendante propose depuis plusieurs mois de désigner une candidature unique pour porter les "valeurs écologiques, démocratiques et sociales". D'abord rejetée catégoriquement par tous les aspirants à l'Elysée, elle a fini par séduire l'ancienne ministre de la Justice. Le concept ? En octobre, des parrainages de personnalités ont eu lieu (avec leur aval ou non), permettant de retenir dix candidats : Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Clémentine Autain, Gaël Giraud, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Anna Agueb-Poterie et… Christiane Taubira. Seuls quatre ont manifesté leur intérêt de participer au scrutin, mais aucune figure politique de premier plan, avant le revirement de l'ancienne ministre de François Hollande. Pour l'heure, plus de 110 000 personnes ont annoncé leur intention de participer au vote.

Quels sont les résultats de Christiane Taubira dans les sondages ?

Christiane Taubira a, pour la première fois, été testée par un institut de sondage. C'est OpinionWay qui a glissé le nom de l'ancienne ministre de la Justice dans son enquête réalisée en ligne du 8 au 9 décembre auprès de 962 personnes. Il en est ressortait que l'ex-Garde des Sceaux ne recueillerait que 2% des voix au premier tour de la présidentielle, soit peu ou prou son score au premier tour de la présidentielle de 2002. A l'époque candidate du Parti radical de gauche (PRG), Christiane Taubira avait été accusée, avec Jean-Pierre Chevènement, d'avoir privé Lionel Jospin d'un second tour, ouvrant indirectement la voie à Jean-Marie Le Pen à l'époque. Dans le dernier sondage Elabe pour BFMTV et L'Express, publié le 12 janvier, elle est créditée de 4% des intentions de vote.

Quel est le programme de Christiane Taubira ?

Christiane Taubira n'a pas encore dévoilé les détails de son programme présidentiel. En revanche, dans une tribune publiée dans Le Monde le 29 décembre, elle dessinait les contours de ce qu'il pourrait contenir, brossant de nombreux sujets, sans toutefois entrer dans les détails pratiques. Elle souhaite par exemple remettre "du service de santé public, à trente minutes du domicile, sous dotations annuelles pour rompre avec la logique comptable, dont il faudra renforcer les capacités d’accueil et de soin, en plus d’assurer la juste rémunération des personnels", milite pour une hausse du Smic, mais aussi des enseignants, tout en prônant un retour de l'ISF, prendre davantage à ceux qui peuvent contribuer davantage" mais aussi "puni[r] sévèrement ceux qui s’organisent pour échapper à l’impôt".

Christiane Taubira veut "stimuler et accompagner la recherche, dans le temps et dans l’instant", mais aussi "s’atteler pour de bon à rénover les millions de logements thermiquement défaillants", "promouvoir l’économie solidariste et performante, réguler les géants du numérique, protéger activement les données personnelles, contenir la violence ordinaire qui parasite les réseaux sociaux", tout en luttant contre "le choc climatique [qui] est déjà l’affaire de ce siècle et [qui] appelle des choix drastiques".

Biographie de Christiane Taubira

Originaire de Cayenne, Christiane Taubira est née le 2 février 1952. Issue d'une famille de six enfants, elle a été élevée par sa mère, aide-soignante. Elle étudie l'économie et l'agro-alimentaire à Paris et Bordeaux avant de devenir professeur de sciences économiques en 1978. Elle cofonde la Confédération caraïbe de la coopération agricole, qu'elle dirige de 1982 à 1985. Elle rejoint également l'Office de coopération et de commerce extérieur de la Guyane.

En 1993, elle fonde Walwari, parti politique guyanais basé sur des idées socialistes et se fait élire députée de la 1ère circonscription de la Guyane. Après avoir soutenu le gouvernement Balladur cette même année, elle rejoint le groupe République et liberté, puis Énergie radicale (qui deviendra le Parti radical de gauche) et est élue députée lors des élections européennes de 1994. Elle gardera son siège jusqu'en 1999.

Apparentée au Parti socialiste de 1997 à 2001, Christiane Taubira est choisie pour représenter le Parti radical de gauche à l'élection présidentielle de 2002. Elle en devient alors la première vice-présidente. En 2004, elle se présente aux élections européennes, en tête de la liste 'Europe fraternelle', mais n'obtiendra que 1,54 % des voix. Lors de l'élection présidentielle de 2007, le PRG ne présentera aucun candidat, préférant une alliance avec le Parti socialiste.

Christiane Taubira soutient donc la candidature de Ségolène Royal en tant que 'déléguée à l'expression républicaine'. Réélue députée de Guyane en 2007, elle participe aux élections régionales en 2010, mais échoue face à Rodolphe Alexandre. La même année, elle choisit de soutenir Arnaud Montebourg, candidat aux primaires socialistes pour l'élection présidentielle de 2012. Christiane Taubira est connue pour ses prises de position pour la reconnaissance par les instances européennes de la traite négrière et de l'esclavage comme crime contre l'humanité, mais aussi pour son opposition au projet de loi relatif au port de signes religieux dans les écoles publiques, préférant une réponse pédagogique plutôt que législative.

En 2012, elle devient Ministre de la Justice et Garde des sceaux. Elle est notamment à l'origine de la loi sur le mariage pour tous adoptée en 2013. Début 2016, elle claque la porte de son ministère, lançant sa place à Jean-Jacques Urvoas. Christiane Taubira expliquera sa démission par son désaccord avec le gouvernement au sujet de la déchéance de nationalité.

Election présidentielle