Vote blanc : le chiffre définitif du 2ème tour de la présidentielle, historique ?

"Vote blanc : le chiffre définitif du 2ème tour de la présidentielle, historique ?"

Vote blanc : le chiffre définitif du 2ème tour de la présidentielle, historique ? ELECTION PRESIDENTIELLE 2022. Les Français ont voté dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle 2022. Le vote blanc a-t-il enregistré une percée par rapport au 1er tour. Et quelle est la différence avec les scrutins précédents ? Voici les derniers chiffres.

Les résultats de la présidentielle près de chez vous

[Mis à jour le 24 avril 2022 à 10h16] 2 228 044 électeurs ont voté blanc au 2e tour de l'élection présidentielle 2022 dimanche 24 avril, selon le dernier décompte mis en ligne par le ministère de l'Intérieur. Cela représente tout de même 4,57% des inscrits et plus de 6% des votants qui se sont déplacés dimanche dans les bureaux de vote. Le comparatif avec le premier tour le 10 avril dernier est éloquent puisque 543 609 votants avaient alors voté blanc. Ce total a donc été multiplié par quatre en 15 jours, signe que l'affiche du 2e tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n'a pas séduit tous les électeurs loin de là, surtout si l'on y ajoute les chiffres de l'abstention : 28,01% selon les chiffres officiels. Selon Le Figaro, plusieurs départements du Sud-Ouest ont vu le vote blanc bondir entre les deux tours. Dans l'Ariège, il est ainsi passé de 1,63% des électeurs à 9,6% au deuxième tour. Le Lot et la Corrèze affichent des chiffres similaires. Pour rappel, voter blanc consiste à glisser dans l'enveloppe un bulletin vierge, ou aucun bulletin. 

Pas un record

2022 ne bat toutefois pas le record datant de 2017. Au second tour de l'élection présidentielle 2017, le vote blanc ainsi que le vote nul avaient dépassé le record précédent remontant à l'année 1969. Ainsi, plus de trois millions de Français avaient voté blanc, et plus d'un million avaient voté nul. Le vote blanc concernait 6,4% des inscrits sur les listes, et 8,5% des votants, tandis que le vote nul concernait 2,2% des inscrits, et 3% des votants. Quant à elle, l'abstention avait atteint 25,4%, soit un quart des inscrits sur les listes électorales (d'où le décalage entre le pourcentage de votes parmi les inscrits et les votants).

Quelles sont les différences entre l'abstention, le vote blanc et le vote nul ? L'abstention correspond au fait de ne pas se rendre dans les urnes, et a déjà comptabilisé 26,3% des Français en âge de voter au premier tour, soit 12,8 millions de personnes. Le vote blanc consiste à se rendre en bureau de vote mais à glisser un bulletin blanc dépourvu de tout nom ou à déposer une enveloppe vide dans l'urne. Ce geste est vu comme la démonstration d'un intérêt pour la vie politique du pays ou la réalisation de son acte citoyen, mais permet de marquer son insatisfaction vis-à-vis de l'offre politique, qui n'a pas convaincu. Enfin, le vote nul réunit les bulletins de vote déchirés ou annotés. Au premier tour de l'élection présidentielle 2022, 1,1% de personnes ont fait le choix du vote blanc, et 0,5% des votes recensés étaient nuls.

Il faut garder en tête que le vote blanc est un choix politique à la différence du vote nul qui n'est pas comptabilisé et de l'abstention qui peut traduire l'incapacité à se rendre aux urnes ou être un acte politique pouvant signifier le rejet d'une élection plus que celle des candidats. Parmi ces trois comportements, seul le vote blanc est reconnu, et ce depuis la loi du 21 février 2014, mais prudence car s'ils sont bien décomptés lors du dépouillement, les votes blancs ne sont pas pris en compte dans les suffrages exprimés et donc dans le résultat de l'élection.

Les candidats à l'élection présidentielle sont-ils favorables à la reconnaissance du vote blanc ?

Pris en compte dans les suffrages exprimés, les votes blancs compliqueraient l'obtention de la majorité absolue des voix pour les candidats à l'élection présidentielle, ou à d'autres scrutins. Alors la mesure est-elle dans l'intérêt des candidats ? La réponse n'est pas évidente mais militer pour la reconnaissance du vote blanc et surtout promettre l'entrée en vigueur de la mesure est le moyen de séduire les électeurs. Sachant cela, ils sont plusieurs à se dire favorables à la prise en compte effective des votes blancs : Anne Hidalgo, Yannick Jadot ou encore Nicolas Dupont-Aignan. En 2017, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle approuvaient déjà l'idée. 

En janvier 2022, à quelques mois de l'élection présidentielle, Anne Hidalgo a reconfirmé sa position sur le vote blanc mais est restée prudente quant aux conditions et aux délais de mise en œuvre de la reconnaissance du vote blanc. Des précautions dont s'affranchit Jean-Luc Mélenchon qui a promis dans une vidéo publiée le 12 janvier : "Si vous m'élisez, je ferai reconnaître le vote blanc". L'idée ne fait toutefois pas l'unanimité. Dans le camp adverse Emmanuel Macron a indiqué en 2019 lors du grand débat national qu'il avait "beaucoup réfléchi" à la prise en compte des votes blancs mais qu'il "ne le ferai[t] pas".

Quelles sont les conséquences de la reconnaissance du vote blanc ?

"Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés", précise la Constitution française. L'obtention de 50% + 1 des suffrages exprimées est donc la condition sine qua non pour remporter l'élection présidentielle, or si les votes blancs sont comptabilisés dans les suffrages exprimés il sera plus difficile pour les candidats de recueillir la majorité absolue des voix. Et la question de savoir ce qu'il adviendrait du scrutin si aucun candidat n'obtenait la majorité en raison du nombre de votes blancs se pose. En décembre 2021, la mission d'information de l'Assemblée nationale s'est intéressée à la question et a conclu qu'avec la reconnaissance du vote blanc "le risque d'une impasse est réel, obérant la confiance dans la capacité de notre démocratie à assurer la stabilité des institutions." Quelques candidats se sont aussi emparés du sujet comme Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon qui proposent qu'en cas d'absence de majorité absolue au profit d'un candidat l'élection soit annulée. Une solution qui n'en serait pas vraiment une puisque personne ne serait nommé pour succéder au président sortant.

Pour trouver une issue aux élections avec la prise en compte des votes blancs deux options se distinguent : l'organisation d'un nouveau scrutin ou le changement du mode de scrutin pour faire de l'élection présidentielle une élection à la majorité relative comme l'indiquait le Sénat dans un rapport de 2013.

Vers une réforme pour la prise en compte du vote blanc ?

La comptabilisation des votes blancs dans le résultat des élections est une demande de longue date mais elle n'a toujours pas trouvé de réponse. Ni le gouvernement, ni les institutions françaises ne se sont sérieusement penchés sur la question mais le vent a tourné en 2021 depuis que le taux d'abstention grandissant  chaque scrutin interroge la légitimité des personnalités politique élues, en particulier lorsqu'il s'agit d'accéder à la plus haute fonction de l'Etat : président de la République. Un projet de loi de février 2021 note que par le biais de l'abstention "le peuple signifie qu'il n'a plus ni la voix pour se révolter démocratiquement, ni le pouvoir suffisant pour changer fondamentalement le cours de notre histoire".

Plusieurs solutions pour contrer le recours massif à l'abstention ont été proposées dont la reconnaissance effective du vote blanc et c'est sur ce point qu'insiste le projet de loi car la mesure devient "urgent et impérative". Aussi le projet prend le relai de ce qui a été amorcé par le loi du 21 février 2014 en proposant dans son article 1er que les votes blancs "entrent en compte pour la détermination des suffrages exprimés lors du premier et du second tour". Le projet de loi de février 2021 va plus loin et suggère que nouvelles règles électorales soient instituées "en cas de non‑obtention de la majorité absolue". Le projet de loi n'a toutefois pas été adopté et en est toujours au stade de proposition.

Le vote blanc, quelles conditions pour le comptabiliser ?

Le vote blanc est strictement entendu comme un bulletin blanc exempt de toute mention quelle qu'elle soit ou d'une enveloppe à l'intérieur de laquelle aucun bulletin n'a été glissé. Ces deux options sont les seules qui permettent à un vote blanc d'être considéré et comptabilisé lors du dépouillement. Plusieurs écueils sont donc à éviter : déposer plusieurs bulletins dans l'enveloppe, mettre un bulletin de vote griffonné ou déchiré ou encore un document qui n'est pas un bulletin officiel. De tels bulletins sont simplement reconnus comme des votes nuls et peuvent faire croire à une erreur de la part de l'électeur.

Contrairement aux bulletins nominatifs de chaque candidat, les bulletins de vote blanc ne sont pas fournis officiellement par les bureaux de vote. Ainsi, les électeurs qui souhaitent les utiliser doivent les apporter avec eux. L'article 1 de la loi de 2014 dispose qu'une "enveloppe ne contenant aucun bulletin est assimilée à un bulletin blanc." Par ailleurs, l'article L.49 du Code électoral stipule que "la distribution de bulletins blancs par des particuliers est interdite le jour du scrutin."

Le vote blanc est-il pris en compte dans le résultat des élections ?

S'ils sont décomptés, les votes blancs ne sont pas pris en compte dans le résultat des scrutins et ce même à l'élection présidentielle. La loi du 21 février 2014 n'a été qu'un premier pas vers la reconnaissance du vote blanc et depuis le projet est au point morts. Conformément au texte, la "reconnaissance" actuelle du vote blanc implique simplement que "les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal." Il en est fait "spécialement mention dans les résultats des scrutins" mais ils n'apparaissent pas parmi les suffrages exprimés. La prise en compte du vote blanc n'est en réalité qu'une façade car s'il est présenté comme un choix politique reconnu, le vote blanc n'a aucun poids à l'issue du scrutin. 

L'espoir d'une réforme pour la prise en compte du vote blanc est-il encore permis ? Souvenez-vous, peu après la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron avait ouvert la porte, intégrant le sujet au grand débat national. Ni la comptabilisation réelle du vote blanc ni le fameux RIC, le référendum d'initiative citoyenne, n'ont finalement été retenus au terme des débats au contraire d'une part significative de proportionnelle aux  élections législatives ou de la baisse du nombre de parlementaires.

Elections législatives